Vers le milieu des années 80, lors d'un séjour à Onet-le-Chateau, un beau-frère m'a fait découvrir Laguiole et ses couteaux, après une halte dans une auberge de campagne où nous avons dégusté un excellent aligot...

Je ne me souviens pas avoir entendu parler de ces couteaux auparavant !

Le nombre de boutiques était déjà impressionnant à l'époque, et nous sommes entrés dans celle de "Laguiole Rossignol", où s'était probablement déjà servi notre hôte, et où je me suis offert un 12 cm avec poinçon et tire-bouchon.

Hélas, au printemps 88, un visiteur bien intentionné, pendant que je surveillais l'impression bruyante de documents dans la pièce voisine, s'est introduit dans mon bureau sans que je m'en aperçoive et en est reparti avec ma sacoche contenant, outre ma paire de lunettes de secours et un beau stylo-plume tout neuf, ce couteau.

Il ne me restait plus qu'à envisager d'y retourner pour me réapprovisionner !

À l’époque, j'avais repris le vélo et, en août 89, nous avons fait un nouveau bref séjour à Onet-le-Château, à l'occasion duquel j'avais programmé d'aller, seul et à vélo, jusqu'à Laguiole en passant par Aubrac. Parti le 22 août vers 7h du matin, dans le brouillard, je me suis tout à coup retrouvé sur les petites routes de l'Aubrac, une vingtaine de kilomètres après Espalion, en plein chantier de réfection de chaussée : impossible de rouler sur les caillasses de terrassement, il fallait pousser le vélo, ce qui n'était pas simple avec les chaussures à cales automatiques !

Pire ! au bout de quelques centaines de mètres, un automobiliste croisé me lance : "bon courage ! il y en a pour dix kilomètres...". ????

Heureusement pour moi, ce n'était qu'une mauvaise plaisanterie, et un kilomètre plus loin, je retrouvais une chaussée carrossable. Mais dans l'histoire, j'avais perdu un sacré moment, et pour pouvoir être à Laguiole bien avant midi, il m'a donc fallu amputer partiellement ma boucle dans l'Aubrac, sans aller jusqu'au village d'Aubrac, coupant au plus court. Mais quel plaisir que ces petites routes ombragées et ces magnifiques bovins de race Aubrac qui, placidement, me regardaient passer !

Arrivé à Laguiole, je suis bien entendu retourné à la boutique Laguiole Rossignol acheter pour moi un couteau simple lame 12cm manche en corne blonde et lame acier inox 440, que j'utilise encore aujourd'hui à chaque repas, plus d'autres à offrir (contre la pièce symbolique... ????), avant d'aller remplir mon sac à dos de deux belles fouaces à la boulangerie pâtisserie toute proche. Après avoir refait le plein de mes gourdes à l'eau glaciale de la fontaine, direction Espalion pour une halte casse-croûte !

Laguiole Rossignol

Laguiole Rossignol (vue de dessus)

Vous noterez sur cette image du manche que ce couteau ne comporte pas la traditionnelle "croix du berger" !

Laguiole Rossignol (le manche)

Le vélo que j'utilisais ce jour-là avait des freins surpuissants destinés à nous ralentir lorsque je transportais sur son siège-bébé mon plus jeune fils, ce qui a failli me valoir une belle chute ! La route avait été refaite, un tapis d'autoroute ! et dans cette descente, probablement à près de 70 km/h, pour éviter une chute après le blocage de la roue arrière lors d'un freinage pourtant prudent avant un grand virage, je me suis offert un tout-droit qui s'est terminé dans un chemin de terre, heureusement sans croiser de voiture...

Après avoir "déjeûné" de quelques morceaux de fouace au bord du Lot, le plus dur de la journée a été de devoir remonter d'Espalion en direction de Rodez : 250 m de dénivelé sur cinq bons kilomètres, aux environs de 2h de l'après-midi, dur, dur ! J'ai bien dû mettre trois fois pied à terre pour reprendre mon souffle, et je suis enfin arrivé à Onet vers cinq heures de l'après-midi, cuit mais heureux : j'avais mon couteau ! ????

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